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La légende du Krôcô

La légende du Krôcô

Il y a bien longtemps, la bonne ville de Nîmes fut construite autour d’un palmier sacré. Un vrai travail de Romain ! Le palmier sacré, au pied duquel était enchaîné un crocodile, avait été planté là par un auguste empereur de passage. D’antiques monnaies locales frappées à cette époque en témoignent. Des siècles durant, le palmier avait grandi là et prospéré, au milieu du va-et-vient des habitants de la ville, sur la place du Marché, le pauvre croco toujours prisonnier à son pied.

Malgré une juste méfiance envers l’animal (qui pourtant n’eût jamais croqué personne), les Nîmois avaient fini par se prendre de sympathie pour celui qu’ils voyaient finalement comme un gros lézard et, peu à peu, le Croco devint plus populaire que l’arbre qui le retenait prisonnier. A tel point que le diminutif du bestiau entra dans un grand nombre de noms de commerces et d’associations (CrocoPneu, CrocoVélo, CrocoRoller, CrocoJardins, CrocOBus,…), jusqu’aux footballeurs locaux qui devinrent naturellement Les Crocos !

Bien plus tard, au début du 21e siècle, des scandales financiers éclatèrent de par le monde. Chacun-chacune pût constater que les plus grandes entreprises du monde trichaient avec le fisc pour « optimiser » leurs bénéfices. Bref, les GAFA se gavaient ! Et pas seulement ces géants-là. Des quantités de petits barons locaux, d’ici ou d’ailleurs, planquaient aussi leur oseille dans de petites îles tropicales peuplées de palmiers, dans l’ombre desquels prospéraient banques peu scrupuleuses et sociétés-écran. Le prestige attaché, lui aussi, au palmier fondit à vue d’œil. L’arbre, naguère symbole d’évasion vacancière et de paradis ensoleillé, devint subitement celui d’évasion fiscale, de comptes obscurs et de spoliation nationale. Un palmier, un compte off-shore, un service public démantelé !

C’est à peu près à cette époque qu’on se remit à parler de monnaies locales, à Nîmes comme ailleurs. Créer des monnaies, n’ayant cours légal que sur un territoire restreint, garantirait contre l’évasion du fruit de l’économie locale. La richesse créée ici serait forcément réinvestie ici. Une bande de monnayeurs (de Vrais Monnayeurs!) s’attela à la tache. Au moment de choisir un nom à la future monnaie, l’on questionna la population, laquelle dans une belle et émouvante unanimité, décida d’honorer la pauvre bête victime du palmier désormais honni. Ce serait donc le Krôcô, avec deux accents pour faire nîmois et un K pour faire nickel, même si aucune pièce ne doit jamais être frappée, seulement des billets. Il fut donc décidé de détacher le Krôcô de son arbre tropical et paradifiscalien, pour qu’il puisse vivre sa vie de monnaie libre et citoyenne, au service de la population locale. Les îles Caïman, non ! Le Krôcô, oui ! Bientôt on le verra circuler dans les rues et commerces de Nîmes, de proche en proche, de main en main, de poche en poche.